Depuis quand parle-t-on de gestion du changement?

« Rien n’est permanent, sauf le changement » (Héraclite d’Éphèse)

Dire que le changement dans les organisations est un mode de vie s’avère aujourd’hui pratiquement un cliché. En outre, bien que cet énoncé semble de l’ordre du déjà vu, cela ne signifie pas pour autant qu’il en a toujours été ainsi. Je me suis penchée sur cette question pour me rendre compte que le changement est loin d’avoir toujours été perçu comme un processus en continu et un élément de gestion à prendre en considération.

Si l’on regarde l’historique du changement, l’on constate que pendant la période après la 2ième guerre mondiale jusqu’aux années 70, le changement était perçu positivement, comme un cheminement logique. L’environnement était relativement prévisible et les dirigeants y jouaient un rôle de contrôle. Toutefois, dans les années 70 jusqu’à la fin des années 80, la concurrence internationale, ainsi que la crise du pétrole ont modifié la perception du changement comme un événement dramatique et radical (top-down). Le rôle du dirigeant est devenu alors celui d’un héros capable de transformer l’organisation afin qu’elle survive à cet environnement chaotique.

C’est vers la fin des années 80 qu’on s’est rendu compte des limites de notre héros. La vision du changement s’est transformée en un processus continu (bottom-up) laissant place à l’apprentissage et à l’innovation. Dans un environnement turbulent et imprévisible, où le changement est une réalité quotidienne, le rôle du dirigeant est maintenant d’agir à titre d’agent de changement en collaboration avec tous les membres de l’organisation (Demers, 1999 : Revue Gestion).

Le changement ne provient donc plus uniquement des dirigeants, mais peut être aussi initié par l’environnement externe ou interne. Il devient donc nécessaire pour les organisations de mettre en place des processus permettant de le gérer efficacement. C’est ici que débute l’évolution de la gestion du changement comme discipline en soit.

En raison de leur complexité et de l’envergure des changements qu’ils apportent, les projets d’implantation de progiciel de gestion intégré ont contribué dans les années 90 à l’émergence de la gestion du changement. Ainsi, ces progiciels ont contribué au développement d’approches plus structurées en gestion du changement.

Depuis les 15 dernières années, les organisations ont utilisé toute une gamme de mesures pour mieux gérer les changements qui les touchent, en passant du recours à des services de consultation ad hoc pour les accompagner dans la conduite de projets spécifiques, jusqu’à la mise en place d’une fonction à l’interne.

L’illustration ci-bas expose les grandes tendances de la gestion du changement de son origine à aujourd’hui.

De plus en plus d’organisations conviennent que sans une gestion du changement efficace, il est impossible de concrétiser l’ensemble des retombées anticipées d’une transformation. C’est pourquoi de plus en plus d’organisations se sont dotées d’une fonction gestion du changement constituée d’une  équipe permanente dédiée aux projets de changements et la plupart du temps au développement de démarches et d’outils personnalisés. Mais comment ces organisations ont-elles positionné cette nouvelle fonction et quelle place occupe-t-elle dans l’organisation? Voilà une question intéressante qui mérite d’être l’objet d’un prochain billet.

Parce que tout change, tout le temps.“Nothing is permanent, except change” — Heraclitus of Ephesus

Today, saying that change is the modus operandi of organizations practically sounds like a cliché. But even so, that doesn’t mean it has always been this way. I have pursued the matter and come to realize that change has not always been perceived as an ongoing process and a management issue to be taken into consideration—far from it.

When looking at the history of change, we note that during the period following the Second World War and up until the 70s, change was perceived as something positive, as a logical progression. The work environment was relatively predictable and managers were in control. However, from the 70s until the end of the 80s, global competition, compounded by the oil crisis, altered the perception of change and turned it into a dramatic event (top-down). The role of managers became that of heroes capable of transforming organizations so that they could survive such chaotic events.

Towards the end of the 80s, we came to grips with the limits of our heroes. The vision of change evolved into an ongoing process (bottom-up), giving way to learning and innovation. In an unpredictable and turbulent environment where change is a constant, the role of managers is that of an agent of change collaborating with all members of the organization (Demers 1999, Revue Gestion).

Change is not only brought on by managers, but can also be initiated by other internal or external factors. It is therefore critical for organizations to implement processes to manage change effectively. And that marks the beginnings of change management as a discipline.

Due to their complexity and the scope of the changes that they produce, ERP implementation projects contributed to the emergence of change management in the 90s and the development of more structured approaches in change management.

For the past 15 years, organizations have used all kinds of tools to better manage change—from ad hoc consulting services to help them carry out specific projects to putting together a function in-house.

The diagram below illustrates the major trends in change management from its early beginnings to today.

More and more organizations acknowledge that, without effective change management, it is impossible to reap all of the benefits expected from a transformation. That is why more and more organizations have created a change management function comprising a permanent team dedicated to change projects and, most of the time, to the development of customized approaches and tools. But how do these organizations structure this new team and what position does it occupy within the organization? That in itself is an interesting question that will be discussed in our next issue.

Because everything changes all the time.