Quand s’invitent les émotions dans la réflexion stratégique

Si les émotions ne s’invitent pas, il faut les inviter.

L’image que nous avons de la réflexion et de la planification stratégiques, c’est celle de rencontres où plusieurs acteurs sont penchés sur des tableaux, des bilans, des graphiques de tendance, puis des analyses de marché, de faisabilité, de rentabilité…

C’est l’image de rencontres où les discussions tendent à être strictement rationnelles, objectives, structurées de manière à ce qu’émergent des décisions éclairées s’appuyant sur un processus clairement défini et respecté. Pour cause : là se joue l’avenir et cet avenir ne saurait être que réfléchi s’il veut être porteur d’innovation et de croissance.

Sauf que…

Sauf que vingt-cinq années d’accompagnement d’équipes de direction, lors de leurs exercices de réflexion stratégique, nous enseignent que les décisions les plus efficaces ne viennent pas que de la raison. Qu’au contraire, l’émotion joue un rôle majeur dans ces rencontres si déterminantes. À tel point que la laisser hors de la salle de réunion, c’est une erreur.

Un exemple fascinant

Tout récemment, lors d’une rencontre de réflexion stratégique, nous avons eu le privilège de vivre une expérience aussi fascinante qu’inattendue.

Notre client était une grande entreprise du secteur du logiciel. Autour de la table, il y avait le président, de même que plusieurs membres de la direction. Plusieurs des participants avaient l’une de ces montres intelligentes au poignet. Ce qui n’est pas étonnant pour une entreprise orientée vers les nouvelles technologies…

Au moment où la discussion portait sur les objectifs de développement des affaires, où les ambitions de croissance se précisaient et se chiffraient, le vice-président Ventes s’est arrêté, puis exclamé : « Ma montre vient de me dire de respirer. Mon niveau de stress et d’émotion est trop élevé. » Le président lui a emboîté le pas : « La mienne aussi. Elle me dit la même chose. »

Nous avons sauté sur l’occasion pour demander, ainsi qu’aux autres participants, ce qui avait bien pu provoquer ce stress. En clair, d’exprimer leurs émotions à cette étape précise des discussions.

Même opposées, les émotions se complètent

Le stress du vice-président Ventes était provoqué par son inquiétude face aux stratégies à mettre en place pour répondre au désir de croissance partagé par l’équipe de direction. Celui du président était tout autre : son agitation était due à l’excitation qu’il ressentait à l’idée de voir son équipe converger et s’aligner sur des objectifs aussi ambitieux et prometteurs. Contrairement à son vice-président Ventes, cette dynamique n’était pas source d’anxiété, mais de fébrilité. Leurs montres réagissaient de façon identique à des émotions opposées.

Demander aux autres participants d’exprimer leurs émotions fut un exercice terriblement positif : la reconnaissance de la diversité des émotions vécues a permis un alignement collectif autour d’une ambition commune faisant appel aux contributions de tous.

Mettre les pendules à l’heure… des émotions

Cette expérience durant laquelle les émotions se sont invitées nous rappelle à quel point elles jouent un rôle clé dans les prises de décisions individuelles et collectives. En tant que conseillers ou leaders, nous devons toujours porter attention aux émotions qui se vivent lors des discussions et réflexions stratégiques : les reconnaître permet de les canaliser pour en tirer toute la valeur qu’elles portent. Plus encore, elles sont un levier essentiel de mobilisation et d’alignement dans l’exercice complexe et exigeant que représente une telle réflexion pour les entreprises.

Conclusion : si les émotions ne s’invitent pas, il faut les inviter. À défaut de quoi elles risquent de s’inviter plus tard, sous forme de sable dans l’engrenage…