2020.01.07

Pourquoi votre organisation a des difficultés à se transformer? Le Paradoxe de l’avocat.

Infolettre

Qu’est-ce qui fait que des entreprises comme IBM, Xerox, GE, 3M arrivent à se transformer à plusieurs reprises, et que d’autres comme Blockbuster, Compaq, Kodak et TWA disparaissent ? Et la question qui nous intéresse davantage : Qu’est-ce qui va faire que votre entreprise va être capable de survivre les transformations technologiques, économiques et sociales en cours ?

La réponse pourrait bien se trouver dans l’avocat, ce petit fruit originaire du Mexique qui est en train de conquérir la planète. Non pas en l’ingérant, mais en le prenant comme une analogie. Car comparer un avocat à une organisation c’est mettre le doigt sur un paradoxe auquel toute entreprise est confrontée pour croître, et à plus forte raison lorsqu’est venu le temps de se transformer. Le paradoxe dont je parle c’est celui de maintenir un haut niveau d’excellence opérationnelle – univers où la certitude et le statu quo règnent en maître – tout en devant prendre le risque d’explorer de nouvelles pistes d’innovation où l’incertitude et l’agilité sont reines.

Prenez un avocat et séparez-le en 2. Vous observerez 2 choses : la chair et le noyau, qu’on appelle pépin dans le cas du fruit, mais gardons le terme noyau pour notre démonstration.

Une organisation est composée elle aussi de 2 éléments très différents.

  • Le cœur du système, son noyau, où la valeur est créée tous les jours. C’est le royaume des opérations et des activités qui font vivre les opérations. Toutes les fonctions sont donc représentées ; relation client, marketing, vente, production, distribution, comptabilité, contrôle, etc. Seul mot d’ordre : exécuter du mieux possible un modèle d’affaires connu et éprouvé, ceci afin de créer une expérience satisfaisante pour le client et de capturer la valeur créée sous forme monétaire, le tout de façon profitable. L’organisation ne peut grandir que si son noyau grandit. On comprend donc la nécessité de rendre ce système solide et fiable. Ce qui ne veut pas dire que sa structure doit être rigide. Elle peut et elle doit pouvoir s’ajuster à la demande du marché et évoluer dans une logique d’optimisation des processus et d’amélioration continue.
  • La chair à l’inverse représente l’innovation, les essais/erreurs, l’univers de l’incertitude, de la prise de risque et de la créativité. La plupart des projets en entreprise se situent dans cette zone, mais pas toujours. Un projet d’amélioration d’un processus ou d’un système informatique se situant dans le noyau. L’innovation en revanche est belle et bien présente ici sous différentes formes ; laboratoire d’innovation, cellule de recherche, centre de vigie, bureau de transformation, etc.

Il y a trois terrains de jeux dans lesquels chaque personne dans une organisation se positionne naturellement, même si certaines personnes auront pour fonction de naviguer d’un terrain à l’autre :

  • Le noyau : terrain de jeux de ceux qui ont à cœur l’excellence opérationnelle, quel que soit le domaine professionnel ;
  • La chair : terrain de jeux des innovateurs, des explorateurs et des créatifs à la recherche de nouvelles sources de création de valeur pour l’organisation ;
  • La zone de contact entre la chair et le noyau : terrain privilégié des agents de changement qui doivent comprendre et être à l’aise dans les deux environnements pour faciliter la collaboration entre ces deux univers aux visions souvent très différentes.

Les questions que j’ai envie de vous poser à présent :

  • Dans quel type d’avocat travaillez-vous ?

Dans une entreprise en démarrage dont le modèle d’affaires n’est pas validé, nous sommes en présence de guacamole qui cherche à bâtir un noyau pour grandir. À l’autre extrême, une organisation rigide et très hiérarchisée, comme une administration non modernisée, va avoir un grand noyau rigide et très peu de chair autour. Comment votre organisation devrait-elle se rééquilibrer entre ces 2 mondes ? Plus de chair ? Un noyau plus flexible ou plus gros ?

  • Quel est votre terrain de jeux naturel ?

Dans quel(s) terrain(s) de jeux êtes-vous actif ? Êtes-vous le plus souvent attaché à l’excellence opérationnelle, à la recherche et à l’innovation, ou au rôle d’agent de changement et de collaboration entre ces deux environnements ?

On comprend que les règles qui prévalent dans les environnements « chair / noyau » ne peuvent pas être les mêmes. Comment demander à un innovateur de prédire précisément quand et comment la bonne idée va émerger des équipes et être validée sur le marché, alors qu’aujourd’hui tout n’est qu’incertitude et changements rapides et perpétuels dans l’environnement de marché ?

À l’inverse, comment demander à une personne centrée sur la qualité opérationnelle d’imaginer une nouvelle façon de faire qui remettra en question tout ce qu’elle maîtrise parfaitement ?

Chair et noyau sont pourtant liés au même destin. Si l’organisation est capable de mettre en place au bon moment les changements qui lui assureront un alignement optimal avec la demande du marché, ce sera la survie et la croissance assurées. Le cas contraire, ce sera une succession d’échecs sans enseignements tirés qui mènera à sa disparition.

Voici un petit mémo qui peut aider à concilier chair et noyau :

(Manifeste de l’avocat)

  1. Chair et noyau dans mon organisation je distinguerai
  2. Mon terrain de jeux je délimiterai
  3. Avec mes partenaires des autres terrains, je collaborerai
  4. Les changements dans l’environnement j’absorberai
  5. Les opportunités d’innovation je testerai
  6. Les innovations à vraie valeur ajoutée j’implanterai
  7. Le fonctionnement du noyau et de la chair je fluidifierai
  8. Chair et noyau je cultiverai
  9. Règles et méthodes de chaque terrain je formaliserai
  10. Au respect d’une culture commune, je veillerai

En conclusion, il est essentiel de faire collaborer ces deux environnements pour se développer dans notre contexte présent. Pour cela, les agents de changement sont un maillon essentiel qui pourra aider gens des opérations et gens d’innovation dans leurs démarches.

Alors, dans quel type d’avocat travaillez-vous ?